Breaking Bad : de la névrose à la perversion

Névrose : mal-être chronique, contradiction interne inconsciente.

Avec le temps qui passe, parfois ça évolue…
Et pas forcément en mieux.

Voyons comment, à force de mal-être, on peut finir par « virer pervers »…

 

 

La névrose, ce n’est pas forcément un état qui ne change pas, qui garde la même forme au cours des années.

Il peut y avoir des évolutions « de façade », parmi lesquelles on peut citer bien sûr le « changement de symptôme ».

Un exemple parmi cent : arrêter de fumer pour… devenir boulimique, ou accroc au sport, ou obsédé par l’hygiène, etc.

Mais il y a aussi une façon de changer les habits de sa névrose qui va davantage se manifester sur le caractère.

C’est ce qui se produit parfois quand on devient

« le contraire de ce qu’on était »

Voici que notre personnalité change du tout au tout, au moins dans certains domaines de l’existence.

L’empire du côté obscur

L’entourage, qui connaît bien la personne, remarque alors que « quelque chose a changé… », sans pour autant avoir le sentiment que ça va vraiment mieux.

Cette évolution alimente les discussions, les potins. Ça correspond parfois au moment où on commence à dire de quelqu’un « C’est devenu un gros con », « Elle s’y croit », etc.

Exemples de ces petites révolutions qu’on voit parfois se produire à l’âge de la « maturité » :

  • ==> le timide qui tout à coup multiplie les partenaires sexuels ;
  • ==> le prudent qui devient irresponsable (en mode « On ne vit qu’une fois ») ;
  • ==> l’idéaliste qui devient cynique ;
  • ==> l’enthousiaste qui devient blasé ;
  • ==> le conformiste qui devient rebelle (et qui découvre sur internet les secrets cachés de l’Ordre Mondial) ;

Etc., etc.

On a évoqué récemment la « persona », cette personnalité sociale qu’on doit endosser et qui finit par nous étouffer.

Et bien ces décompensations, on pourrait les décrire avec un autre terme proposé par Jung :

==> quand il y a de tels revirements de personnalité, tout se passe comme si le masque de la persona craquait et qu’il y avait

une prise de contrôle par « l’Ombre »

L’inconscient remonte à la surface. Il y a un gros retour du refoulé.

Pour le dire autrement :

las de ne pas être entendu,
le « Ça » prend tout à coup le pouvoir
et met un « grand coup de volant »

Est-ce que ça sera un changement durable ?
Est-ce que ça va être une « crise », une « passade », un « épisode » ?
Ou l’émergence de quelque chose ?

On ne peut pas présumer de ce que ça va donner.

Parfois, c’est comme ça que ça doit être, pour un temps au moins.

Parfois, cet « éclatement » se renforce, devient durable.

Quelque chose craque du côté de l’éthique et on met alors les pieds dans la perversion.

Opération « Nique tout »

L’histoire : une personne est coincée dans sa névrose. Dans sa vie, ça ne marche pas. Professionnellement, affectivement. Un petit coup d’alcool, un petit coup d’herbe, un petit coup de médicaments… De l’extérieur, on voit bien que quelque chose cloche.

Mais la personne concernée ne se l’avoue pas, ne peut pas se l’avouer.

Généralement à cause d’une blessure narcissique.

Et au fil du temps, elle met en place un système de vie qui lui évite d’avoir à se confronter à ce qui coince.
En choisissant soigneusement les circonstances où elle va apparaître. En évitant de sortir d’un terrain de vie bien délimité. En repoussant les personnes qui pourraient remettre cela en cause.

Bref : en essayant de tout contrôler autour d’elle, à défaut de pouvoir contrôler ce qui se joue en elle.

Le hic : se développe mine de rien une « mentalité d’assiégé », où tout est bon pour se défendre contre ce qui nous dérange. Ça finit par virer à la guérilla psychique, où on s’autorise tous les coups pour préserver sa petite forteresse, surtout au détriment des autres.

Il ne s’agit plus que de

sauver son image de soi,
coûte que coûte

Quitte à casser le miroir. Quitte à briser les autres.

On part d’une situation où on avait un « Surmoi » trop sévère qui nous faisait échouer systématiquement (comme pour nous punir).
Puis tout se passe comme si, à un moment donné, on se débarrassait de ce Surmoi, de ce regard critique sur nous-mêmes.
En bloc.

On jette le bébé avec l’eau du bain : pour se libérer des carcans qui nous étouffaient, on va tout balancer, y compris ce qui nous servait à nous guider dans notre rapport au monde et aux autres.

Bref, on n’en a plus rien à foutre de rien.

Scarface, Tony Montana assis

Maître d’un jeu triste

Marre d’être dans une position ressentie comme « passive », on change les règles du jeu. On prend les choses en main. On crée un périmètre de sécurité autour de notre névrose. On fait en sorte de garder les autres à distance de ce point sensible. On met les gens là où on veut qu’ils soient.
De fait, on manipule.

Typiquement, c’est ce qui se passe dans le « cercle vicieux du cœur brisé » (qui nous vaut de splendides infographies).

Bien sûr, parce qu’on se fait moins de problèmes, on peut se forger comme ça un profil de leader. On fonce, on avance. Pourquoi pas. Des fois ça marche pas trop mal et tout le monde y trouve son compte.

SAUF QUE :

On a une image de soi biaisée.
C’est-à-dire qu’« on prend ses désirs pour des réalités », qu’« on se voit plus beau qu’on ne l’est ».

On s’identifie à son « Moi idéal »

Du coup, on n’arrive pas à regarder ses propres faiblesses. Et comme on ne connaît pas ses points faibles, on ne peut pas se donner les moyens de progresser.

Oui, on est dans une « mytho ».
Dans une grosse illusion.
On se la raconte.

Je vais reprendre des expressions trouvées dans des vieux écrits de Freud, et qui tombent bien ici :

« étroitesse de caractère », « dessèchement égoïste »

Oui. On a l’impression que la personne perd en qualité. Que son changement correspond à une dégradation.

Ça se traduit parfois concrètement par une tendance à être dans la grossièreté. En paroles. En attitude.

Variante : on développe un humour forcé, on fait des blagues un peu nulles. Pour essayer de masquer que

On se prend au sérieux

… et qu’on est « dans la tension », dans une volonté de tout maîtriser. Sur le qui-vive relationnel.

On affiche une assurance, une entièreté, par une pensée qui devient catégorique, sans nuances.

Tout ça de façon décomplexée. Sans-gêne.

L’agressivité peut aussi revenir à la surface sous des formes plus insidieuses. Prêt à tout pour éviter de se confronter au miroir, on en viendra à annuler symboliquement ceux qui nous contrarient : on va les déconsidérer, voire les diffamer. Comme ça, sans y penser à deux fois, et avec le sourire bien souvent. On laisse entendre, on suscite des rumeurs.

On penche là vers le mode « passif agressif », où on attaque l’autre mine de rien, depuis une position en retrait.

Notre regard sur les autres devient utilitariste, à fond.

Quelque chose en nous se croit justifié à agir de la sorte. Il y a une forme d’insensibilité de surface.

Bref, « on fait du sale ».

Évidemment, on ne règle rien comme ça. Et, à se délester ainsi sur les autres, on propage la souffrance. Comme dirait l’autre : c’est moyennasse.

 

S’il suffisait d’être pervers pour sortir de sa névrose…
nous serions tous présidents des États-Unis.

Ubu Roi

 

Voilà. Petite description de dynamiques perverses.

Des dynamiques essentiellement inconscientes, mais qui se manifestent dans la réalité.

On parle ici d’un trouble psychique

Vous avez remarqué, il n’a pas été question de « pervers narcissique ».

(et encore moins de « détruire un pervers narcissique », comme le proposent certains moteurs de recherche)

Cette fois-ci encore, on a essayé de ne pas tomber dans les grosses étiquettes, qui finissent souvent par desservir tout le monde.

La vie psychique se caractérise par sa plasticité.

Ça veut dire que notre état peut vraiment partir en sucette, si l’on n’y prend garde.

Mais ça veut dire aussi que les choses peuvent s’arranger, si on crée les conditions pour ça.

Ici sur « Façons de dire », on ira peut-être voir de plus près ces histoires de perversion.
Manière de sortir un peu des fatwas et des chasses aux sorcières.

Prenez soin de vous.

 

Make your soul great again