« Donnez-moi un point d’appui… »

Changement d’année, changement d’habitudes ? De comportements ? De réactions ? En tout cas, on est résolu à faire évoluer les choses.
C’est bien. Mais des fois ça ne suffit pas.

Après avoir évoqué les limites de la bonne volonté, voyons maintenant comment y suppléer. Avec malice, légèreté, et efficacité.

(merci Archimède)

 

 

« Donnez-moi un point d’appui…

… et je soulèverai le monde. »

Sacré Archimède, il n’était pas à la traîne en matière de punchlines (et il était assez bon au foot aussi).

Il a formulé avec un peu d’emphase ce qu’à peu près tous les Homo Sapiens peuvent constater : si on fait levier avec un outil, la force qu’on exerce se trouve démultipliée. Ça marche pour le plongeon olympique, pour envoyer des boulettes de pain sur la table d’à côté, pour extraire de vieilles souches du sol, pour ouvrir un coffre-fort quand on a oublié le code, ou pour décapsuler une bière avec un briquet.

Ça marche aussi pour mettre le psychisme en mouvement (ce qui n’est pas dénué de rapport avec ce qui précède).

On en vient à solliciter une aide extérieure parce que parfois la répétition est trop forte, les réflexes trop enracinés, l’enjeu trop insaisissable pour qu’on réussisse à « se changer soi-même » frontalement, par la seule volonté. Il faut alors envisager un changement de cadre, une astuce, un coup de pouce.

 

Eastwood cigarette x2
« Tu es… en train de me dire que tu vas aller voir un psy ? »

 

*

Il m’arrive de dire aux personnes qui viennent me voir qu’il ne s’agira pas de faire de l’« introspection ». Et ce pour plusieurs raisons. Déjà, parce qu’il est bien malaisé de se prendre soi-même comme objet d’étude, tout seul dans son coin. Ça peut mieux marcher, et plus joyeusement, si on utilise un point d’appui, une triangulation, une médiation. Si on se soulage pour une fois de l’effort de tout faire tout seul, en se permettant de dire à quelqu’un « Vous voulez bien me tenir ça un instant ? ». Cette collaboration se met en place avec le thérapeute, qui par sa présence, sa réserve et sa neutralité bienveillante, est là avant tout pour tenir… un miroir.

… Et cela sans gigoter, pas comme les copains-copines. Que l’on aime beaucoup au demeurant mais qui, lorsqu’ils nous écoutent, sont parfois assez pressés de reprendre la parole pour placer « Ah non mais oui, ça c’est comme moi. Tiens, je vois avec… »

Pour tenir un miroir, et puis pour vous permettre de déposer là ce qui vous encombre, pour explorer plus à votre aise. Et, surtout, pour vous aider à trouver quels sont les points d’appui qui marchent bien pour vous, qu’ils se situent « à l’intérieur » ou « à l’extérieur » de soi. Les points d’appui qui sont à votre disposition, et sur lesquels vous allez ensuite pouvoir faire levier tout seul. On les découvre bien souvent du côté de ce qu’on ignorait, du côté de ce qu’on ne prenait pas en considération. De ce qu’on laissait inconnu.

Personne ne le fait à notre place

Il existe beaucoup de façons de pratiquer, et certains clichés ont la peau dure. Je pratique personnellement en face-à-face, on parle (vous surtout) et l’attention est portée sur ce qui dans le présent vous habite. Les rêves, les étrangetés du moment, les ressentis, les pincements au cœur. Ce sont souvent de bons points de départ, vers soi-même.

Entamer le travail dans une relation thérapeutique, donc avec quelqu’un d’autre, ça a l’avantage de nous titiller du côté de l’altérité et du côté des émotions. Tout ce qu’il faut pour être mis en mouvement (émotion / mouvement), donc en léger inconfort, tout en n’étant pas tout seul avec nos frayeurs et nos tentations de revenir en arrière.

Dans ce cadre protégé, les émotions peuvent s’inviter sans dommage dans le présent, par petites touches. L’occasion de les entendre, de les reconnaître, et de les délier, pour leur permettre de prendre leur envol, de sortir de la répétition aveugle.

Le travail en séance n’exclut pas de mettre en place des changements et des tentatives dans la vie « réelle ». Au contraire, en dernier lieu c’est bien là que ça se passe. Surtout si on met l’accent sur l’autonomie de l’individu.

Il se trouve simplement que le parcours thérapeutique permet de ne pas surinvestir certains changements extérieurs, qui jouent parfois le rôle d’échappatoire (du genre : « Ça ira mieux quand je ne serai plus avec cette personne », « Là je ne peux pas commencer un travail parce que les enfants ont besoin de moi », « Je dois d’abord régler ce problème au boulot », « Là l’horizon, c’est la maison, après on verra. » Etc.).

Un cadre comme celui d’une thérapie psychodynamique permet de délester le quotidien, de rendre aux choix pratiques leur juste valeur (= leur accorder ni trop d’importance, ni trop peu), et d’envisager, dans un contexte protégé, dans un registre de l’entre-deux, des micro-expériences, des petits changements d’attitude, que l’on peut tester en limitant la casse autour de nous. Et ce qui marche, on l’emporte avec soi.

Ça n’enlève certainement rien à notre mérite. Il n’y a pas « ceux qui y arrivent tout seuls » et les autres. Parce qu’à la fin, de toute façon, le travail que l’on a à faire, personne ne le fait à notre place.

Pas vrai Clint ?

 

Eastwood poncho x2
« Tu sais, le monde se divise en deux catégories. Ceux qui font des catégories, et ceux qui n’en font pas. Moi, je n’en fais pas. »

 

— Clint… Dans le précédent article, on a parlé des affirmations paradoxales

« C’est possible… Mais j’ai… un pistolet chargé. Alors tu creuses. Et sans faire de trou. »

Pfff (Vivement Grand Torino, qu’il fasse un bon travail avec son ombre…)

 

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PS : l’article est court, ça vous laisse du temps. Trouvez le lien vidéo qui y est caché, et offrez-vous quelques minutes de rigolade.

Psssst ! Il y a des liens comme ça cachés dans la plupart des articles.
C’est cadeau.

Bonne fin d’année à toutes et à tous.

 

(un indice)

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Tout est possible.