En avoir ou pas : la différence des sexes

Surprise :

  • même quand tu es une fille, tu peux être castrée ;
  • et quand tu es un garçon, il te manque un petit quelque chose.

Comme quoi, hein…

PS : aujourd’hui c’est ciné

 

 

Castration pour tou-te-s

Un peu phallocentré ces histoires de castration, non ?

On ne va pas se raconter d’histoires de carabistouilles : Freud vivait dans la Vienne des années 1900, pas à San Francisco en 2020. Donc sa façon de dire peut sembler datée. C’est clair.

Mais ici on la prend pour ce qu’elle est : une façon de dire.

Et on n’a pas besoin qu’une œuvre ou une personne soit impeccable pour la trouver digne d’intérêt…

(= on admet l’imperfection, le « pas-totalement-satisfaisant » = on intègre la castration)

Cette fameuse castration, ben c’est pas seulement l’ablation des testicules (ou de tout le matos). C’est un truc qui marche par analogie.

Dans le principe, quand on est une fille, on peut aussi être sous l’influence du complexe de castration. Typiquement, dans

toutes les situations où on ne se sent pas légitime

Où on se dit « c’est interdit », « je ne suis pas capable », « si on m’attrape », « ce n’est pas pour moi », etc.

Toutes les fois où on ne s’autorise pas.

On voit que ces limitations sont dans les faits souvent « genrées ».

Certains ont proposé que la castration, pour la petite fille, ça a aussi à voir avec le constat qu’elle fait de la différence anatomique entre elle et sa mère, celle-ci ayant tout ce qu’il faut pour attirer papa.

L’équivalence est claire avec la castration « de base » : c’est l’idée que on a un truc en moins par rapport au parent du même sexe.

On est là dans la matrice de tous les complexes d’infériorité.

Matrix : on ne peut pas tout avoir

Parlant de matrice, tiens :

Il a souvent été reproché à Freud d’avoir énoncé que la femme portait en elle un Penisneid, une « envie de pénis », une envie d’avoir la même chose que l’homme.
Une envie qu’elle résoudrait soit en attirant l’homme à elle, soit en s’inventant son propre « petit machin » (typiquement, l’enfant premier-né peut jouer ce rôle, particulièrement si c’est un garçon. Plus généralement, ça a un rapport avec les moyens d’acquérir du pouvoir).

 

Basic Instinct
Le corps entier peut être « investi » par la femme de façon « phallique » (là, on met le paquet sur les jambes, qui vont se décroiser dans un instant). L’effet obtenu est un effet de fascination.

Vous voyez bien comment cette histoire d’« envie de pénis », ça a pu faire grincer des dents (encore aujourd’hui).

Peut-être que ça passe mieux si on met ça en symétrie avec un manque qui peut exister chez l’homme. Car il y a un truc que la femme possède et que l’homme n’a pas (ce dont il ne se remet jamais tout à fait).

C’est l’utérus.

Et donc la capacité à donner la vie.

Plus génériquement : la capacité à faire sortir quelque chose de gratifiant de soi.

On peut tout à fait considérer que le bonhomme aura une tendance à être dans la compensation de ce manque, et sera porté à fabriquer plein de bidules qui ne servent à rien, à inventer des conneries, à envahir la Russie, à se faire faire des statues, à tout casser pour dire « je vais le refaire », à aller chercher la Coupe du Monde…

(celle de foot a une grosse tête de bébé)

Déjà qu’il flippe de son zizi, Monsieur serait en plus envieux de Madame ?
==> Bon, disons que le mâle n’est au fond pas insensible à son incomplétude

Comme c’est mignon.

Bref, la castration est présente dans

toutes les situations où l’on est confronté à notre imperfection

On peut dès lors bien imaginer que ce genre de mécanismes concernent tout le monde et sont fondamentalement unisexe.

 

Wachowski
Les Wachowski. Nés garçons, iels ont choisi de changer de sexe (pas en même temps). On leur doit le film « Matrix ». Ça ne s’invente pas.

Tou-te-s hystériques ?

La question n’est pas « avoir un pénis ou pas », « avoir un utérus ou pas », mais

« être à l’aise avec ce qu’on a »

Ou avec ce qu’on peut avoir.

Car il y a des changements de sexe décevants…

C’est autour de cette construction imaginaire commune que Freud pourra généraliser la notion d’« hystérie » (ça sera pour lui un des principaux types de névrose).

==> Traditionnellement considérée comme un trouble physique lié à l’utérus (en grec « hystera »), puis « aux nerfs », l’hystérie sera ensuite considérée comme un trouble psychique propre aux femmes, avant d’être reconnue comme indépendante du genre.

En d’autres termes : il existe une hystérie masculine (très bien représentée dans les médias audiovisuels par exemple).

Avant Freud, on avait déjà commencé à envisager que l’« hystérie » était liée à des causes psychologiques. Et qu’elle avait un lien avec les représentations.

Les représentations, ça serait un pont entre la réalité psychique (ce qui se passe silencieusement dans notre tête) et la réalité physique, « visible ».

==> certains comportements, ou certains phénomènes corporels (des somatisations), seraient ainsi des mises en acte, des mises en corps de ce qui se passe en nous.

Ça a un rapport avec les fantasmes (on en parle un peu partout sur le blog, mais particulièrement ici) et avec l’image du corps.

L’image du corps – on pourrait appeler aussi ça le corps imaginaire – c’est la façon dont la perception de notre propre corps va influencer notre rapport au monde.

Ça se construit petit à petit, et ça laisse des traces puissantes.

Si votre corps vous semble à peu près évident aujourd’hui, rappelez-vous quand même qu’il y avait une époque où vous étiez dans le berceau en train de bloquer sur vos pieds en vous demandant à qui c’était…

On verra bientôt les rapports entre différentes parties du corps et la maturation du psychisme (on parlera des « stades »).

L’organe sexuel, génital, ça reste toujours un cas particulier, une zone avec un statut à part, toujours un peu étrangère à soi.
Elle va concentrer plein de problématiques, de façon imaginaire, et de façon très concrète…

C’est ce qu’on explore avec ce satané complexe de castration, qui idéalement vient « clôturer » le complexe d’Œdipe.

(différence des générations + différence des sexes)

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Quand la « castration » est symbolisée, intégrée (notamment comme « reconnaissance des limites »), elle devient un repère, un instrument à notre disposition.

Un cadre dans lequel s’inscrire et sur lequel s’appuyer pour avancer hors des illusions. En alliant imagination et sens du réel. Pour investir le monde avec ce qu’on a. 

ex. : le « pénis » est aussi un moyen d’accéder à l’« utérus», et vice versa.

Le hic, c’est que parfois le curseur est placé très haut ou très bas : on s’impose une loi exagérément dure, ou au contraire trop floue (selon notre Surmoi).

Ça donne lieu à toutes sortes de fonctionnements qui font du mal, aux autres (genre : perversion) ou à soi-même (genre : névroses).

Et on verra ça une prochaine fois !

 


 

PS :

Regardez comme c’est bien fait. La semaine où paraît cet article – et alors que c’était déjà bien « ciné » – sort en salle un sympathique petit film tout à fait dans le sujet.

Ça s’appelle Énorme, et c’est l’histoire d’un couple hétéro où Monsieur se découvre un très très fort « désir de grossesse ».

Au départ, une bonne dose de castration, avec Monsieur qui fait tout à la place de Madame (presque). Et puis… Vous verrez !

La réalisatrice c’est Sophie Letourneur, et dans les rôles du couple, on trouve Jonathan Cohen et Marina Foïs. Avec plein de vrais gens dans leur vrai rôle.

Une comédie poétique qui tombe à point nommé !

 

affiche film Énorme

 

PPS : film tourné par « Sophie Le Tourneur ». Énorme.

 

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L’image qui illustre cet article sur la page d’accueil du blog est une photographie de Elliott Erwitt.