La vie comme un rêve

Une façon ludique, et pragmatique, d’envisager les petites aventures du quotidien. Celles qui nous perturbent, d’une façon ou d’une autre. Ces vécus bien réels mais qui dégagent quelque chose qui nous retient, quelque chose de bizarre.

Je vous propose d’y repenser comme s’il s’agissait d’un rêve.

 

 

« Explique-moi comme si j’avais trois ans »

L’idée, ce serait de (se) raconter la situation vécue en l’introduisant par « j’ai rêvé que ».
« J’ai rêvé que… », et on raconte ce qui nous est arrivé, comme on raconterait un rêve. Petite mise à distance, petit assouplissement.

De là, comme si cela avait été un rêve, on pourra reprendre la scène et jouer à se demander ce que peuvent bien faire là les différents éléments de la situation.

  • Où était-on, où allait-on ?
    Comment pourrions-nous décrire ce lieu à quelqu’un qui n’y connaît absolument rien ? Qu’est-ce qu’on y trouve, qu’est-ce qu’on y fait ?
  • Que faisait-on ? Que voulait-on faire ?
    Concrètement, ça consiste en quoi ? Non, plus simplement. Expliquez comme si l’interlocuteur avait trois ans.
  • Qui était là ?
    Pour chaque personne avec qui vous avez été en contact, ou que vous avez remarquée : Que fait-elle, qu’est-elle censée faire ? Quelle est sa fonction ? Comment pourrions-nous décrire son rôle, son métier, sa posture, à un parfait étranger ? (Est-ce qu’elle nourrit, vérifie, interdit, enseigne, répare..?)

Imaginons devoir expliquer de quoi il s’agit à un petit enfant ou un extraterrestre.

« petit enfant » + « extraterrestre » = le Petit Prince.

Ça avait pas trop mal marché ça, non ?

Simplifions. Sortons de l’évidence de la routine. Imaginons ce que comprendrait cet interlocuteur naïf, qui n’a pas vu le monde, et qui en serait resté « aux références de bases ».
Ça pourra faire ressortir les éléments plus fondamentaux de la situation, ceux qui remuent quelque chose en nous sans qu’on puisse immédiatement s’en rendre compte.

Exemples d’un dialogue avec un « Petit Prince » intérieur :

« Je suis stressé, je dois aller au contrôle technique…
— Quoi ?
— Je dois aller voir quelqu’un qui dit si tu as le droit de te promener où tu veux.
— Ah, d’accord. Et tu as peur qu’il te dise non ? »

ou encore :

« Dis, pourquoi tu trembles ?
— J’étais dans le train…

— Où ça ?
— C’est quelque chose de très grand, où tu te laisses porter. Comme ça berce un peu, souvent tu t’endors.
Comme une maman un peu ?

— … et j’ai eu un souci avec le contrôleur.
— Qui ça ?

— … euh, un monsieur qui vient voir si tu as tout bien fait.
— Comme un papa un peu ? »

(plus poussé, je vous l’accorde, mais très éclairant…)

Et cetera, et cetera. (1)

Coup d’œil vers le passé ? Plutôt coup de projecteur sur le présent. L’idée étant de se mettre en condition de faire la part des choses au sein de nos réactions, entre :

  • ce qui relève d’un réflexe qu’on a intériorisé et qui n’est plus adapté aujourd’hui. Une habitude d’action, de réaction, qui n’est plus opportune et qui nous encombre ;
  • le juste élan du moment, toujours présent, mais souvent parasité par des corrections intérieures, des confusions, qui le gauchissent, et le détournent de sa direction.

==> On peut commencer, tranquillement, par envisager que ce qui nous arrive n’est pas forcément inédit, absurde, isolé.

De là, on pourra – tranquillement, sans emballement – aller vers l’écoute et l’identification de ce qui nous habite, de ce qui nous agite.
Entendre positivement ce qu’il est opportun de faire, moment après moment.

En sortant petit à petit de la tendance à répéter à l’identique, typique de l’inconscient qui n’est pas entendu.

D’abord caillou dans la chaussure, « l’inconscient » bien entendu pourra se muer en assistant précieux, qui met de la fluidité et de la simplicité dans nos actes et nos choix.

*

30 décembre 2018 – Forbidden fruit.PNG

Déplier le petit papier…

Est-ce qu’il s’agit ici d’« interpréter » ? Le terme interprétation, souvent associé en français à l’image de la psychanalyse, est un terme un peu malheureux. Il laisse poindre une nuance de manipulation, d’arbitraire, qui n’est pas forcément contenue dans le terme allemand originel Deutung.

Personnellement, j’aime bien la notion de déplier, verbe jumeau de « expliquer » mais qui, plutôt qu’une « explication », donne un déploiement.
Ça me semble plus juste. Plus joli. Plus concret.

Je vous l’accorde : il n’est pas évident de faire un pas de côté quand on est émotionnellement impliqué dans la situation, submergé par cette réalité.

C’est aussi pour ça que, dans la relation thérapeutique, on prête une attention particulière aux émotions qui émergent. Parce que là, on est deux pour les constater, et saisir ce qui les déclenche. Et parce que là, le cadre autour est simple, délimité, ce qui nous permet de nous y retrouver.

En se mettant comme je vous le propose « en mode interprétation de rêve », on est généralement plus enclin à laisser émerger le « double sens » des situations du quotidien.

On laisse se déployer un espace un peu particulier, où notre subjectivité va être nourrie, et encadrée, par de l’objectivité.
Où la distance entre les deux va se réduire, sans pour autant que l’on sombre dans la confusion (… parce que sinon, ça s’appelle « hallucination », « paranoïa », etc.).

On y va à petits pas, on teste, on vérifie. On goûte.

On regarde si ça sonne juste.

Jouer à jouer

Développer des ponts avec l’inconscient, pour qu’il enrichisse notre vie, et pas uniquement sur le mode de l’éruption : c’est une habitude pratique, un exercice, comme on en a mis plein d’autres en place pour mener notre vie en général. On a ici affaire à une autre sorte de matière, la matière psychique, à laquelle il faut donner un contenant, une voie, une forme. Quelques outils sont bienvenus pour ça.

Cela tient un peu d’un apprentissage et, du coup, dans les premiers temps on a tendance à utiliser beaucoup la tête, on réfléchit, on suit le mode d’emploi. C’est normal.

Puis, avec la pratique, avec l’habitude, avec la découverte des outils qui marchent bien pour nous, ça devient plus fluide, plus naturel.
Au bout d’un moment, ça prend une autre couleur, ça devient du feeling. Du feeling qui a bien poussé, sur un terrain dont on a pris soin.

Oui, c’est du jeu, et ça suppose un petit effort aussi. Il y a un moment où il faut s’y coller un minimum. Sinon c’est pas rigolo. Quand on joue, on joue.

En général, on trouve ensuite que ça valait le coup. Parce que la difficulté des premiers pas est plutôt apparente, supposée. Plutôt une projection.

« Ah dis donc, tu dois toujours être en train de tout analyser !

— Ben en fait, tu sais…

Ah ben ouais ! Rhôôô là là, moi j’aimerais pas. Parce qu’en fait t’es tout le temps en train de tout analyser. Dès qu’on te dit un truc, tu te prends la tête, t’es là, t’analyses, quoi. Tu vis pas, t’analyses, t’es là, “pourquoi il a dit ci”, “pourquoi il a dit ça”, ça doit être trop chiant.

— Et ouais, c’est sûr. »

Disons qu’au fond il s’agit de jouer avec notre imaginaire, plutôt que d’être le jouet de notre imaginaire… Par petits pas.

Et au bout du compte, on se rend compte que ça n’assèche pas la vie.

Au contraire.

Ça permet d’être un peu plus dans l’enchantement, et un peu moins dans l’illusion.

Vivant.

 


 

 

(1) Je n’insiste pas sur les exemples « papa/maman », parce que ça fait cliché de la psychanalyse, et qu’il ne sert pas à grand chose de le lire. Il faut éprouver, et de nombreuses fois, combien ça colle bien souvent à nos situations actuelles, pour rabaisser un peu son orgueil et accepter de se dire : « Mince, des fois c’est vrai qu’on est bien peu de choses… » 

En l’occurrence, dans l’exemple du train, il peut bien s’agir d’une contrôleuse, là n’est pas la question. Inversement, la tendance à venir voir si « on a tout bien fait » peut renvoyer à la mère. Nous ne sommes pas ici en présence de rôles strictement « genrés » mais plutôt d’images mentales.

Pour être plus exact : de représentations inconscientes.

 

*

*

*

Merci à l’artiste Clashing Squirrel de m’avoir permis d’utiliser l’une de ses créations pour illustrer cet article.

Vous pouvez découvrir ses œuvres sur instagram.com/clashing.squirrel.

 


« C’est bête, je sais pas pourquoi je pense à ça… »

Si un détail d’une situation insiste et s’impose à vous, si vous ne pouvez pas faire autrement que d’y revenir, c’est peut-être que ce n’est pas vraiment un détail.
Si ça vous obsède, c’est peut-être que quelque chose s’est caché dedans.

Voyons alors quel jeu a joué l’inconscient.
Envisageons par exemple qu’il y aurait un « rébus » là-dedans.

Ça peut concerner les objets employés, les choses vues ou entendues autour de ce moment-là… Ça inclut les bruits de fond, les musiques d’ambiance, les odeurs, la lumière…
Si quelque chose nous a particulièrement marqué, quoi que ce soit, on peut se demander :

Où est-ce que j’ai déjà vu ça, entendu ça, senti ça ?

La petite lumière ne viendra sans doute pas tout de suite, pas d’un coup. On s’en fiche. L’essentiel c’est d’ouvrir une fenêtre, un processus de fond. Ça fera son chemin, tout seul.
Sans qu’on y pense.

On n’est pas là pour se prendre la tête.