Comprendre ses rêves

Si vous voulez tout connaître des secrets cachés de vos rêves,

 

 

… vous avez une grande ambition. C’est super.

Mais si vous le voulez bien, on va y aller par petits pas.
Pour éviter de faire et dire n’importe quoi.

Merci.

Alors déjà, nous rêvons tous. Certains se souviennent de leurs rêves, d’autres pas. Notre activité onirique varie, parfois intense, parfois plus lâche.

Le souvenir que nous avons de nos rêves varie lui aussi. Cela dépend des besoins et des ressources du psychisme à un moment donné.

Car le rêve n’est pas là « pour rien ». Il a une fonction. Il a des fonctions même.

Il est un mode d’accès privilégié au psychisme profond.
Il se forme au plus près de ce qui travaille en nous, et que nous n’avons pas encore perçu, formulé.

« La voie royale vers l’inconscient » selon Freud.

Voyons de plus près comment cela se fait.

À l’interface entre différents niveaux de réalité

Le rêve est un produit « hypercomplexe », typique de la formation de compromis entre plusieurs niveaux du psychisme.

Il s’enracine dans des niveaux de complexité supérieure, plus englobants, des niveaux où plus de choses sont possibles que dans notre conscience habituelle.

Ce sont des niveaux psychiques rarement mobilisés au quotidien, mais bien connus dans la création artistique, la recherche scientifique fondamentale, les états contemplatifs…

On va dire, pour se comprendre, que

le rêve se forme dans la zone de contact
entre la conscience et l’inconscient

==> Il fait en sorte de traduire ce qui prend forme dans ces niveaux de complexité supérieure, en utilisant un langage qui soit tout de même perceptible pour notre conscience commune.
Pour ce faire, il colle, il compresse, il fusionne, générant des situations, des personnages, des lieux qui sont souvent plus d’une chose à la fois.

exemples : « C’était chez moi aujourd’hui et en même temps c’était dans la maison de mes grands-parents. » || « C’était mon oncle mais en même temps c’était une sorte de plongeur-scaphandrier. » || « J’étais invité mais en même temps il ne fallait pas qu’on sache que j’étais là. »

Et cœtera et cœtera, les combinaisons sont infinies et toujours surprenantes…

Tout se passe comme si le rêve se trouvait à l’interface entre deux dimensions :

    • une dimension “n(la dimension de notre conscience),

et

==> J’explique de façon imagée comment cela s’articule dans cet article.

*

NB : par souci de clarté, j’évoque l’inconscient (ou le rêve) comme si c’était un personnage, qui « voit », qui « veut », etc.
C’est juste une façon de dire.

*

J’aime beaucoup travailler avec le rêve. Je considère que c’est un matériau privilégié pour se découvrir de nouvelles ressources, de nouveaux appels.
Et pour défaire les situations de blocage qui ont pu s’installer dans notre existence.

Car le rêve n’est pas là pour vous emm… . Au contraire. Le rêve, c’est votre meilleure appli d’accès à l’inconscient. Pas besoin de la télécharger, elle est livrée avec l’appareil.
Il s’agit simplement de se familiariser avec son fonctionnement.

Par tous les moyens nécessaires

Le psychisme relève d’une fonction d’adaptation naturelle. Il s’enracine en dernier lieu dans notre organisme. Il fonctionne pour notre bien, pour notre santé, comme fonction de connaissance de nous-mêmes et de notre environnement.

Tout ne peut pas être porté à la conscience en même temps. Manque de moyens, de personnel, de budget. (Vous savez ce que c’est…)

Mais tout tend toujours vers la conscience.

L’inconscient veut être entendu.

Par tous les moyens nécessaires. 

S’il « perçoit » qu’il peut « vous envoyer du rêve » parce que vous allez y prêter attention, et bien des rêves vous allez en avoir, et des bons, et des gros, et vous allez vous en souvenir.

S’il « perçoit » que ce n’est pas la bonne façon de faire, ou que ce n’est pas le moment, il trouvera autre chose.

Parfois, pour être sûr que vous vous en souviendrez, l’inconscient va vous faire vivre un rêve et vous réveiller juste après. En général en vous faisant peur, ça marche bien comme ça.

C’est ce qu’on appelle généralement un cauchemar.

Et le meilleur moyen de ne pas refaire un cauchemar, ce sera d’y apporter la juste attention. Sinon, ça revient, ne vous en faites pas pour ça : l’inconscient a tout son temps, vous vous lasserez avant lui.

Ce n’est pas la seule raison d’être du cauchemar qui est, comme tout rêve, surdéterminé, mais en première approche on peut l’envisager comme ça.

Il peut aussi arriver que l’on ne dorme pas parce que quelque chose en nous sent que, dans le sommeil, certaines choses risquent de « remonter vers la surface ».

==> Plutôt que de dire qu’on ne trouve pas le sommeil, il serait alors plus correct de dire que « le sommeil ne nous trouve pas », parce que nous tâchons de glisser entre ses bras, n’ayant pas confiance en ce qu’il pourrait nous faire. (1)

Il y a ainsi des insomnies qui sont comme des fuites du sommeil : on ne veut pas y aller, parce qu’on redoute ce qu’on va y trouver.
Dans ces cas-là, tout se passe comme si le sommeil était considéré comme « dangereux » par la partie gendarme du psychisme.

==> Le sommeil se retrouve alors « fiché X », à la rubrique « choses qu’on ne maîtrise pas et qui nous proposent de l’inconnu ».

Une catégorie où il se trouve en bonne compagnie, aux côtés de :

  • l’Obscurité,
  • la Nouveauté,
  • l’Étranger,
  • l’Imprévu,
  • l’Animal,
  • la Foule,
  • le Voyage,
  • la Nature / la Ville,
  • etc.

= autant de façons de représenter « quelque chose qui nous dépasse et nous échappe ».

  ==> Si une personne est occupée jour après jour à refouler des aspects d’elle-même, il y a fort à parier qu’elle aura un souci chronique, dans sa vie réelle, avec l’un des éléments de cette liste (c’est le phénomène de la projection : on va fixer sur un élément du monde extérieur quelque chose qui provient de nous-mêmes et qu’on n’accepte pas).

Et, croyez-moi si vous le voulez, il est probable que cet élément refoulé apparaîtra justement dans les rêves de cette personne…

Animal au comportement aberrant, forêt hostile, phénomène météorologique extraordinaire, ville labyrinthique, étranger inquiétant…
==> Ce sont là des grands classiques qui ouvrent des « séries » de rêves et qui donnent déjà des informations précieuses sur l’état de notre psychisme.

Pour ne plus avoir peur de son ombre

Parfois, notamment quand une situation est bloquée, il est assez frappant de voir que c’est justement du côté de…

ce qui nous est
le plus étranger

… que se trouvent des clés pour ouvrir de nouvelles portes, et avancer.

==> Certaines façons d’être peuvent nous sembler très loin de nous. Inenvisageables. Trop contraires à notre personnalité.
En rêve, elles apparaîtront même sous des formes inquiétantes.

Elles apparaîtront « inacceptables », contraires à la morale : comportement de vol, de violence, de tromperie… État de saleté, d’ivresse, de vagabondage…

Mais si on les regarde de plus près, si on leur laisse la place d’évoluer, si on les apprivoise, si on se les approprie, peut-être les verra-t-on différemment.
==> Peut-être prendront-elles un autre aspect, plus positif…
==> Peut-être y trouvera-t-on des ressources pour avancer, en étant plus « complet », plus « intégré »…

Pour ne plus avoir peur de son ombre, et la laisser s’approcher, se civiliser.

C’est la vieille histoire du crapaud qui devient un prince. De « La Bête » métamorphosée par le baiser de « La Belle ». Etc.

Ce processus nous permettra d’être plus serein dans notre vie réelle, quotidienne.
De ne plus être en lutte contre soi-même.

« L’Ombre », c’est justement le nom que Carl Gustav Jung donne à cette partie du psychisme qui recueille les éléments « honteux », « inquiétants » de notre personne.

  ==> Ça correspond pas mal à ce que Freud appelle le refoulé.

Un aspect de nous-mêmes nié au quotidien, tenu à l’écart de la conscience, mais qui s’introduit assez tôt dans les rêves, quand on commence à s’y intéresser.

Souvent sous les traits d’un personnage que l’on pourrait considérer comme très différent de nous-mêmes.

À chacun son ombre, à chaque époque son ombre préférée. (2)

==> C’est ainsi que sous nos latitudes elle a souvent emprunté les traits du Gitan, du Juif, de l’Arabe, de l’Africain… Mais aussi de l’homme des bois, du monstre, de l’extraterrestre.
Humanoïde, de préférence.

NB : « l’ombre » doit de toute façon appartenir à notre imaginaire, même s’il est honteux. Elle doit avoir un point commun, gênant, avec nous-mêmes. Même une simple proximité géographique. 

Cette ombre pourra devenir un « allié », quelque chose qui nous renouvelle. Ou devenir tordue si on continue à la refouler.

Si vous voulez lui faire une petite place, si vous voulez écouter un peu ce qui pousse en vous…

commencez par donner un « réceptacle » au rêve

Donnez-lui un contenant. Sinon, forcément, il s’écoule, il s’oublie… jusqu’à la prochaine fois.

==> Un contenu inconscient qui s’est manifesté et n’a pas été entendu risque de revenir, d’insister, peut-être sous des formes plus désagréables.

Mettez de quoi noter à côté de votre lit. Du papier, un stylo. Dès la fin du rêve, allumez, jetez quelques mots sur le papier.
Ou enregistrez-vous.

CONSEIL : Pour écrire, évitez le téléphone, son fonctionnement digital est trop éloigné du fonctionnement analogique du rêve. Par ailleurs, son rétroéclairage n’est pas adapté à la projection de ce qui sera monté en vous. Mieux vaut la feuille.

Sans compter qu’en prenant votre téléphone, vous risquez de tomber sur une notification ou un message non-lu et alors là, bye bye le monde du rêve… (3)

Pour commencer, donc, donner une trace concrète au rêve, le plus rapidement possible.

pour des conseils plus détaillés voir ici

Vous aurez tout le temps de mettre ça au clair.

Méfiez-vous pour l’instant des grandes significations : mieux vaut être prudent quand on s’approche de ces zones-là.

Vous pouvez bien sûr regarder sur internet ce qui se dit sur tel ou tel « symbole ».

C’est souvent n’importe quoi, mais c’est déjà une façon d’accorder de l’importance au rêve, alors… Pourquoi pas !

Vous pouvez aussi penser à une histoire, un film, une chanson, qui contient certains éléments de votre rêve.
==> Qu’est-ce que ça vous inspire ?

Ce serait déjà vachement bien dans un premier temps.

Et n’hésitez pas à en parler à quelqu’un « qui s’y connaît » = quelqu’un qui respectera votre récit. C‘est aussi une façon de donner un contenant au rêve.

Déjà, porter attention à ce qui vient en rêve. Tâcher de le nommer. C’est un bon début.

Le rêve. Tellement de choses à en dire. Tellement de choses à en entendre.

==> il faut du temps pour ça.
Ça ne se fait pas avec un traducteur automatique.
Ayez du respect pour cet objet.
Si vous voulez l’approcher, consacrez-lui du soin, de l’attention.
N’en faites pas un « gadget ».

Vous pouvez le laissez entrer gentiment dans votre vie.
Sans en faire tout un plat (attention aux enflammades !),
… et sans passer à côté non plus, sans « l’aplatir » (en mode « Ah ben ça, ça veut dire que… »).

==> Acceptez de ne pas tout comprendre tout de suite.

Avancez avec sérieux et légèreté.

Vous ne le regretterez pas.

 

À la prochaine.

 


 

 

(1) Voilà encore des situations en rapport direct avec les vécus archaïques, c’est-à-dire avec l’empreinte des situations vécues par le nourrisson, en vrai ou en fantasme : s’est-il généralement senti en sécurité pour fermer les yeux et s’endormir ?

(2) À titre d’exemple, pour Jung, médecin psychiatre suisse allemand, fils de pasteur, d’âge mûr, cette figure s’était manifestée en rêve sous les traits d’un « jeune prince arabe ».

(3) Bon, de toute façon vous ne dormez pas avec le téléphone connecté à côté de vous… Si ? Ah. Alors peut-être faudra-t-il faire un peu de place pour que le rêve s’invite…


 

[retour]

Pour se familiariser avec ses rêves

À noter en priorité :

le lieu,
les personnages,
les actions

Et, par-dessus ça, l’ambiance générale, la sensation (peur, confiance, curiosité, etc.).

Inutile d’en faire un roman. Pas besoin de phrases. En vrac, avec de quoi sentir l’atmosphère.

Ensuite, vous pourrez l’écrire « au propre ».
Ou en faire un dessin.
Ou cuisiner un plat en rapport avec le rêve.
Etc.

Selon votre style.

*
On peut être parfois très littéral aussi.
ex. : Vous avez rêvé d’un certain animal.
==>
Vous serait-il possible de voir ce même animal en vrai ? De l’observer tranquillement, et laisser venir ce que ça vous inspire…?

Vous pouvez aussi aller physiquement dans des lieux qui ressemblent à ceux du rêve, s’ils sont accessibles et sûrs.
Et ressentir sur place ce que ça vous fait.

==> Si cela n’est pas problématique, amusez-vous à amener directement certains aspects du rêve dans la réalité.

*

Tant pis si vous ne vous souvenez pas du déroulé exact du rêve.

==> En vrai, le rêve n’a pas forcément de « déroulé » : du fait de contraintes « dimensionnelles », nous ressentons le besoin de le mettre en récit, de mettre à plat ce qui le constitue (voir plus haut et ici).
Ça peut se faire, mais là n’est pas l’essentiel dans un premier temps.

Voyez d’abord…

    • Où ?
      (le lieu : est-il connu, inconnu ? Dedans, dehors ?
      un lieu bâti : dans quel état se trouve-t-il ?
      un lieu en extérieur : quel temps fait-il ?)
    • Qui ?
      (les personnages : leur type, leur âge ;
      leur état de forme ;
      leur humeur ;
      disent-ils quelque chose ?)
    • Quoi, comment ?
      (Est-ce que vous regardez, cherchez quelque chose, vous déplacez, vous cachez…?
      Quel est votre état émotionnel dans le rêve ? ==> un adjectif ou deux)

Laissez tomber les scénarios ou en tout cas, ne vous bloquez pas pour ça.
Saisissez l’ambiance générale. Elle donne une information primordiale sur ce qui se joue actuellement au fond de vous.

La chose la plus importante à faire, dans un premier temps :

Trouvez un titre à ce rêve

Pour l’identifier.
Pour le distinguer.

« Le rêve avec… dans… »,

« Le rêve du… qui fait… »,

« Le rêve de la… qui veut… »

Voire même :
« Le rêve dont je n’arrive pas à me souvenir mais qui m’a réveillé ».

==> Faites comme si le rêve était un petit enfant qui veut attirer votre attention :
montrez-lui que vous l’avez entendu, même si vous n’avez pas bien compris ce qu’il veut.

*

Gardez-le bien de côté ce rêve-là (ou celui que vous avez déjà fait il y a quelque temps et que vous n’oubliez pas).
==> Il existe des « rêves-programme », qui contiennent en condensé ce qui va être important pour vous dans une période donnée.
Souvent on s’en rend compte après coup.

Et il sera intéressant, qui sait, de constater d’ici quelque temps que les mêmes éléments apparaîtront dans un nouveau rêve, mais sous un jour différent.
Ou que les rôles auront évolué.
Ou que votre attitude dans la scène aura changé.
==> L’inconscient, dans sa dimension « n+1 », aime bien avancer tout en repassant par les mêmes points…

Mais chaque chose en son temps.

Dans l’immédiat, si ça vous va, notez donc

les personnages,

les lieux 

les actions

Quand vous aurez réuni un certain nombre de rêves,

vous verrez peut-être apparaître des constantes,
des thématiques récurrentes.

Et là ça va devenir intéressant.

On constate en effet souvent que les rêves fonctionnent par séries, que l’inconscient « insiste » en déclinant un même thème, en faisant des variations.

Une fois qu’il est entendu, il passe à autre chose.

Et si vous trouvez le bon moyen de l’entendre, il viendra nourrir votre vie réelle, l’enrichir.
Rendre votre existence plus singulière et votre personnalité plus enracinée et plus assurée.

Il faudra un peu de patience et de modestie au début, mais ça viendra…