L’intérieur ennemi

Nous allons entrer aujourd’hui dans le ressenti des borderline, dans leur perception des choses.
Un univers émotionnel où les frontières sont poreuses, entre soi et l’autre, entre l’amour et la haine, entre l’impression de perfection et l’impression de nullité. On passe de l’un à l’autre sans transition, de façon abrupte.
Sans demi-mesure.

*

Comprendre les personnes qui sont atteintes d’un trouble de la personnalité limite, comprendre leur ressenti et leurs réactions, c’est avant tout une question d’humanité et de solidarité.

C’est aussi une façon d’envisager comment nous pouvons être, tous autant que nous sommes, influencés par les couches profondes du psychisme.

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*

Pour comprendre les personnes souffrant d’un trouble borderline, intéressons-nous à deux phénomènes typiques de cette condition :

le clivage

&

la projection

Ce sont deux mécanismes relevant des processus primaires du psychisme. Ils sont très puissants, dans la mesure où ils perturbent directement la perception de la réalité.
Ils ne sont pas propres aux borderlines, mais contribuent largement à leurs difficultés relationnelles, que nous tâcherons d’éclairer aujourd’hui.

(on verra qu’ils génèrent cette impression de dialogue impossible que connaissent bien les proches de borderlines)

On commence avec le clivage.

[pour la projection, c’est par là]

BONUS :
1. Les étranges histoires du borderline
2. Trouble borderline et « grandes idées »

La vie en noir ou blanc : le clivage

Les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite éprouvent des difficultés de symbolisation.
Elles ont du mal à faire tenir ensemble des ressentis et des idées complexes, avec des aspects contradictoires.

Ainsi, elles font généralement preuve d’une tendance à considérer les choses « en tout blanc ou tout noir », qui s’étend à tous les secteurs de l’existence.

Elles raisonnent volontiers en termes de « toujours » ou « jamais »,
de « c’est parfait » ou « c’est complètement nul »,
de « je suis au paradis » ou « c’est l’enfer »…

Le problème, c’est que dans la vie, les situations se prêtent rarement à être lues en termes de « tout ou rien ».

Cette tendance des borderline témoigne de mécanismes propres à l’inconscient, et qui relèvent de la généralisation (on parle de ça à la fin de cet autre article).

==> Ces mécanismes ne sont pas mauvais en eux-mêmes : ils peuvent nous permettre de réagir plus vite aux informations qui nous parviennent, en les traitant par catégories.
Voilà qui est bien utile pour échapper à un danger imminent, ou pour saisir une opportunité décisive.
Incontestablement, cela a eu un rôle évolutif, et a participé de la construction de la psyché humaine.

Ces réactions radicales, en tout ou rien, sont liées aux émotions de base, telles que la peur, qui ont fondamentalement pour fonction de garantir notre survie.

(On pourrait aussi les aborder sous l’angle de l’intuition)

Or il se trouve que, objectivement, nous sommes désormais rarement placés dans des situations où notre vie est en jeu.

Objectivement, non.

Mais subjectivement, pour les borderline, tous les jours et pour de petites choses,

tout se passe comme s’il était question de survie

Tout se passe comme si un événement traumatique les avait marqués profondément, et comme si tous leurs efforts tendaient à éviter que cet événement ne se reproduise (on parle parfois de « fuite devant le souvenir de la douleur »).

NB : « tout se passe comme si » = on est dans le domaine de la réalité psychique, qui peut s’appuyer ou non sur des événements réellement vécus (la « véracité » du souvenir est un sujet délicat, qui n’est pas du ressort de la thérapie).

La tendance à la généralisation se déclenche donc chez les borderline avec des seuils très bas.

Très vite, ils vont se placer dans l’absolu et ignorer le relatif

*

TRADUCTIONS PRATIQUES :

  • Les personnes en fonctionnement limite auront tendance à exagérer les conséquences de leurs propres actes.
    Ainsi, si elles font une erreur et s’en rendent compte, une forme de « panique intérieure » peut s’emparer d’elles, selon un processus qui pourrait ressembler à ceci :

« erreur » = « punition »,
« punition » = « mise à mort ».

(D’où une difficulté – compréhensible – à dire « je me suis trompée »…)

  • De la même façon, une personne en fonctionnement limite jugera l’autre uniquement sur la dernière impression. En oubliant tout ce qu’il y a eu avant.

ex. : si vous cuisinez toujours super-bien mais qu’une seule fois vous laissez brûler la casserole, vous entrerez instantanément dans la catégorie « ne sait pas cuisiner ».

  • La moindre réserve, le moindre bémol, le moindre retard, pourra être vécu comme « Ça y est, il/elle me trouve nulle », « Je ne vaux rien », « Tout est fini ».

… et cela provoquera une sensation mêlant honte et angoisse, typique des borderlines. Dans de tels moments, ils ont généralement le réflexe de s’éloigner de la relation, pour tenter d’échapper à ce ressenti… C’est là qu’ils abandonnent pour ne pas être abandonnés.


Etc, etc.

==> On comprend bien comment il est difficile de bâtir des relations durables avec des personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite…

Quelque part,

tout est toujours à refaire,

et la moindre faille est vécue comme une catastrophe que rien ne pourra compenser. (*)

Les proches peuvent se donner du mal pour préserver la personne souffrant de TPL… Mais ces efforts bien souvent ne font que retarder l’échéance de la crise.
==> le ressenti borderline ne dépend pas vraiment de la relation concrète, mais plutôt de l’ « imaginaire émotionnel » de la personne…

Très très compliqué de faire évoluer cela sans une aide thérapeutique, avec une personne connaissant bien le trouble de la personnalité limite…

*

« C’est n’importe quoi. »

Vous dites ?

« Je dis : c‘est n’importe quoi. »

Je suis d’accord avec vous : pour nous, cette logique c’est n’importe quoi, et c’est pour ça qu’à nos yeux les borderline font n’importe quoi.

L’impression d’exagération que donnent leurs réactions, leurs craintes ou leurs enthousiasmes provient de cette logique sous-jacente,

une logique basée sur l’amplification, la généralisation

Une logique qui habituellement ne conditionne pas la pensée consciente [on en parle ici].

Demandons-nous tout de même dans quelle mesure cette logique agit parfois en nous, lorsque nous sommes émus notamment. Que l’on pense à notre perception des choses lorsque nous sommes amoureux amour ===> toujours »), ou choqués par un événement Il faudrait les tuer. Tous. »).

Je vous souhaite pour ma part un peu plus du premier ressenti et un peu moins du second.

Les relations humaines des personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite se ressentent fortement des effets de cette logique.

Le manuel diagnostique de référence (le DSM) cite, parmi les critères pour identifier ce trouble (n° 2/9) :

« mode de relations interpersonnelles instables et intenses caractérisées par l’alternance entre les positions extrêmes d’idéalisation excessive et de dévalorisation ».

==> Typiquement, les borderline connaissent ainsi des…

    • amours exaltées qui s’arrêtent du jour au lendemain. Et qui reprennent. Et qui s’arrêtent ;
    • amitiés exclusives et omniprésentes qui virent à la grande fâcherie ;
    • attachements fascinés envers certaines personnes, perçues comme des modèles parfaits et exemplaires. Et ça disparaît complètement à la moindre déception. Il n’en reste même pas le souvenir. On passe à autre chose.

(voir aussi les « changements soudains d’idées et de projets concernant la carrière, l’identité sexuelle, le type de fréquentations » évoqués par le DSM – critère n°3)

Les fréquentations impactent fortement et directement l’image de soi des borderlines.
(Cette question de l’identité est très prégnante dans le trouble de la personnalité limite, qu’elle soit explicitement formulée ou non. Nous y consacrerons une autre fois quelques développements).

Pour maintenant, considérons la projection, qui conditionne dans le même mouvement l’image de soi des borderlines, ainsi que leur perception du monde et des autres…

« Ça ne peut pas être moi » : la projection

[sommaire]

NB : la projection est présente chez tout le monde. Ici, nous allons détailler son rôle dans le trouble de la personnalité limite, où elle est exacerbée et flagrante. Il n’empêche : son principe reste le même pour tout un chacun. À bon entendeur…

La projection, à la base, est un phénomène psychique normal. Elle consiste à trouver en face de nous, dans le monde, quelque chose de nous-mêmes.
Ça peut nourrir des processus quotidiens tout à fait positifs comme la sympathie, la curiosité pour un objet, l’attirance, etc.

En fait, la projection est déjà à l’œuvre, pour le mieux, quand on dit ou sent « Ça c’est mon style », « Ça me plaît bien », etc.

Or, chez les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite (TPL), la projection devient carrément problématique, du fait de sa fréquence, et de son ampleur (voir ci-dessus).

On a vu que, à cause de sa tendance à amplifier, et à rendre le monde « tout blanc » ou « tout noir »,

le borderline a le plus grand mal à tolérer l’ambivalence

Pour une personne en fonctionnement limite, c’est 100% une chose, ou 100% son contraire. Pas de demi-mesure.

Le hic, c’est que l’ambivalence est inévitable dans l’existence humaine.
L’ambivalence, l’imperfection existe chez les autres, et en nous-mêmes : nous sommes tous pleins de paradoxes.

Mais ça, pour le borderline, ce n’est pas tenable. Alors il tranche, à la hache :

« ça c’est à toi » / « ça c’est à moi »

Il sépare, il déchire. Il n’arrive pas à intégrer la complexité, à digérer l’imperfection des choses. À faire tenir ensemble des émotions, des points de vues différents.

Comme il ne peut être « qu’une chose à la fois », comme il ne peut pas vivre la nuance, le borderline va découper tout ce qui dépasse. Et ces « bouts » de son inconscient, il les jette hors de lui.

Le borderline va prêter aux autres
des idées, des intentions…

… voire des paroles et des actes.

==> Il va projeter dans le monde extérieur des scènes, des scénarios, des « mises en drame », qui sont des expressions de ce qui se joue en lui.

Julia Kristeva dit à ce sujet : « des contenus “normalement” inconscients chez les névrosés deviennent donc explicites sinon conscients dans des discours et des comportements “limites”. »
(dans le livre Pouvoirs de l’horreur)

TRADUCTIONS PRATIQUES :

    • Le borderline, déforme, interprète ce qu’il entend dans le sens qui convient à sa projection du moment :

ex. : « Si, je t’ai entendu ! Tu as dit que… 
Mais non, je t’assure, je n’ai pas dit ça !
— Ah, ah ! [sourire entendu et regard au loin] »

    • Il prête aux autres un regard sur lui-même, souvent impitoyable.

ex. : « Vous avez dû bien rigoler de moi, hein  ! »

    • Il sera exaspéré quand il verra dans l’autre des « défauts » qui évoquent… ses propres faiblesses. (NB : sans voir le rapport, sans faire le rapprochement)
    • Il va prêter aux autres des intentions qui en fait… naissent en lui-même et qu’il ne reconnaît pas.

ex. : « Ma camarade de classe sort avec le meilleur pote à mon cousin, mais en fait c’est parce qu’elle est amoureuse de moi et n’ose pas me le dire. »

Tiens, en passant : dans le trouble borderline, la jalousie n’est jamais très loin, qu’elle soit ressentie par la personne… ou provoquée par elle !

*

NB : il ne suffit pas de dire à quelqu’un « Oh, tu projettes, c’est toi qui est comme ça ! ». Ce serait trop beau. Au contraire : il ne faut pas faire cela sans précautions particulières.
En effet, je vous rappelle que ces processus sont des tactiques de survie psychique pour les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite.

= elles font ça, sans s’en rendre compte, pour ne pas s’effondrer.

Leur renvoyer cela dans la figure, ce serait une violence insupportable pour elles.

(Vous voyez, quand on dit « Il ne faut pas réveiller un somnambule, ça pourrait le tuer » ? Ben c’est un peu le même principe…)

C’est donc pour ça qu’il y a des spécialistes, des thérapeutes, qui vont aider les borderlines à sortir petit à petit de leur aliénation, en s’assurant que le terrain est bien préparé.

Vivre avec un(e) borderline : dégât collatéral

AVERTISSEMENT : si vous pensez qu’un proche, quelqu’un avec qui vous vivez, est borderline, faites-vous aider. Tout de suite. Ne jouez pas aux héros.
==> le trouble borderline met en œuvre des couches profondes du psychisme qui dépassent forcément les ressources d’un individu seul.
=
Arrêtez les dégâts, préparez la voie à une thérapie. Pour vous, pour l’autre, pour tous les deux. Mais avec un tiers compétent.

Changez les règles du jeu, sortez du face-à-face :
il en va de votre propre santé mentale

*

On a vu, en résumé, que la personne en fonctionnement limite amplifie instantanément (clivage) et jette sur le monde, et sur les autres, ce qui monte en elle (projection).

Pour situer, on peut dire que :

  • tandis que le névrosé vit un conflit psychique intériorisé et refoule ce qui est trop gênant pour lui (il le met « sous le tapis de l’inconscient », –mal– caché en lui-même),
  • le borderline, lui, va expulser ce qu’il ne supporte pas.

Et il ne va pas se rendre compte qu’il fait ça.

==> C’est tout l’intérêt de cette manœuvre psychique inconsciente : se défaire de « contenus » inacceptables, en les déposant hors de soi, de préférence sur les autres, et ensuite pouvoir s’y accrocher pour se repérer.

NB : bien sûr, le borderline pourra expulser ce qui lui semble mauvais, mais bien souvent il expulsera aussi le bon hors de lui (ne se sentant pas « digne » de le porter).

==> S’il vous choisit pour porter « le bon », ça vous renverra une image excellente de vous-mêmes. Vous serez hyper flatté.

Dans un premier temps.

Cette tendance à créer le monde extérieur à partir de son monde intérieur porte à des conséquences concrètes.

Déjà, cela est épuisant pour l’entourage, qui se retrouve bien souvent écrasé par ce que le borderline lui « met sur le dos ». Au point de finir par douter de la réalité, par vivre des burn out, etc.

témoignages de proches :

    • « J’avais l’impression d’être quelqu’un d’autre » ;
    • « Je m’entendais dire des trucs, mais c’était pas moi » ;
    • « C’est comme si elle guettait quelque chose… et je me retrouvais à le faire ! Alors que je ne fais jamais ça ! »,

Etc.

==> La puissance de la projection est telle que le proche peut se sentir « assigné à un rôle », généralement celui d’une figure du passé du borderline (c’est tellement intense, que certains expriment leur ressenti en termes de « fantôme » ou de « possession »).

==> Là, c’est quand la « psychologie » ne suffit plus, quand on est vraiment aux prises avec « quelque chose d’autre », de plus profond, de plus « sauvage ».
(NB : Ça tombe bien, c’est ce qui nous intéresse sur ce blog = ce qui dépasse la « psychologie », telle qu’elle circule dans le grand public, avec ses « vignettes » toutes prêtes et rassurantes.)

==> En ce sens, le trouble de la personnalité limite va parfois « contaminer » la vie des proches.

La projection peut atteindre des niveaux tels que le rapport à la réalité s’en retrouve lourdement perturbé, et que le borderline peut connaître des épisodes d’ordre psychotique.

==> C’est ce qu’évoque le DSM dans son dernier critère de diagnostic du trouble de la personnalité limite :

« survenue transitoire dans des situations de stress d’une idéation persécutoire ou de symptômes dissociatifs sévères ».

(Super la traduction, t’sais : « idéation persécutoire »…)

Allez, une petite façon de dire ça autrement :

==> quand il se sent mis en cause et qu’il craque, le borderline projette à tout crin, au point de virer paranoïaque (avec des idées de persécution).
Il peut alors devenir un peu schizo, avec une âme coupée en deux, tout le mauvais étant attribué au monde extérieur (dissocié, sévère).

Une personne en fonctionnement limite va confondre ce qui lui passe par la tête avec ce qui se passe réellement. Elle va, malgré soi, inventer, déformer la réalité extérieure.

Une conséquence de cela : il n’est pas rare que les borderlines aient des souvenirs que personne d’autre ne peut confirmer. Rétrospectivement, ils vont confondre leur imagination et leur mémoire.

(je veux dire : beaucoup plus que vous, moi, ou l’électeur moyen)

Autre conséquence de la confusion entre monde intérieur et monde extérieur :
une personne en fonctionnement limite pourra être profondément marquée, troublée, par certaines scènes ordinaires de la vie quotidienne. Des scènes en soi plutôt banales, mais qui produisent chez elle un écho puissant…

[voir le “bonus” ci-dessous]

L’espoir : la sensibilité singulière des borderline

On a donc compris que, si le fonctionnement limite entraîne ces phénomènes radicaux de…

    • clivage (avec oppositions exacerbées, absence de nuance, amplification…)

et de

… c’est parce qu’à « l’intérieur » de son psychisme le borderline n’a pas sous la main les outils pour faire autrement.

Alors, par défaut, se déclenchent ces mécanismes simples et puissants, dits « processus primaires ». Peu adaptés pour traiter la complexité de la réalité, ils ne favorisent pas une construction psychique mature.

« Et ben on est bien barré avec ça..! »

Pardon ?

« Non, rien, je dis : ça a l’air mal barré le truc, là. »

Je comprends parfaitement votre scepticisme (¤).

Cependant…

… on peut sortir de ce cercle vicieux

Tout cela se comprend mieux quand on regarde de plus près ce que le borderline porte en lui :

Les personnes en fonctionnement limite sont souvent très intelligentes. Elles auraient les outils pour faire autrement, mais dans « l’atelier » de leur psyché, ces outils de précision sont enfouis sous un bazar intérieur (et en plus ils se trouvent trop loin de la porte)
Alors quand ça chauffe (et ça chauffe souvent pour elles), elles ne les utilisent pas : ça leur prendrait trop de temps pour les attraper.
Du coup elles empoignent ce qu’elles ont toujours à portée de main : la hache et la masse.

Dans ces cas-là, malheureusement, la grande sensibilité des borderline leur capacité à voir les choses différemment – ne peut pas être « raffinée » et « utilisée ».
==> elle part en roue libre et donne… « n’importe quoi ».
Erreur de script.
Problème de traduction.

= La puissante intuition des borderline, leur « radar interne », se met à l’envers et les envoie dans le décor
(un peu comme une “
hyper-névrose”…)

Laisser cette sensibilité se perdre, ce serait bien dommage.

Parce que les borderline ont souvent un ressenti plus « profond », et fondamentalement plus « vrai » que la plupart des individus.

Ils ont en eux quelque chose de bon, d’excellent, de rare.
Pour eux-mêmes, pour les autres, et pour la communauté.

Ça veut dire quoi ?

Ça veut dire qu’il y a un espoir.
Ça veut dire qu’un autre vécu est possible.

Ça prend du temps, il faut bien du courage, mais on y arrive.

NB : avec une aide extérieure compétente.

Parce que le borderline est plein de ressources.
Parce que sa sensibilité hors-normes pourra aussi lui donner des clés pour inventer un chemin singulier.

Parce que dans le domaine de l’âme, tout est toujours possible.
Avec du temps, et de la constance. Et du soutien.

À suivre… (ben tiens, on ne va pas s’arrêter en si bon chemin !)

 


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(*) Comprenons-nous bien : une personne borderline pourra bien sûr avoir une relation de longue durée – y compris « de couple » –, particulièrement dans ses jeunes années.
Ça sera rock’n roll, mais ce sera possible.

==> Il « suffit » pour cela de trouver un partenaire qui ne rentre pas trop dans l’expression des émotions, et qui s’échappe couramment de l’intimité.
Physiquement, par des déplacements fréquents ou un travail prenant, par exemple ;
ou « symboliquement », en fuyant dans l’idéologie, la « parole fausse », etc.
(Vous croyez que ça se trouve, des personnes comme ça ? ☺)

Ça peut durer, donc, jusqu’à ce que se présentent des « paliers » d’intimité tels que : vie commune, mariage, naissance d’un enfant…
Ces épisodes – advenus ou anticipés – réactivent alors le « spectre » de la figure maternelle (voir ci-dessous), ce qui a très souvent pour effet de précipiter la fin de la relation.

Scénario écrit depuis le début, puisque tout reposait sur… un vide.
(= le choix inconscient du partenaire s’était fait sur la garantie qu’il serait « absent ».
Inutile dès lors de vouloir changer le status quo – de « faire des efforts », d’en « parler » tant que notre désir profond n’a pas changé, tant qu’on a peur de l’intimité.
Ensuite, il faudra aussi que l’autre soit prêt à évoluer.
Bref, bonne chance.
)

NB : si vous fréquentez un peu ce blog, vous ne serez pas surpris de lire qu’on va être attiré chez l’autre, non seulement par des qualités, mais aussi – surtout ? par des défauts, des manques.

Car les « défauts » ont leurs avantages.
==> ils portent avec eux des impossibilités, qui sont aussi des sécurités pour nos peurs profondes.
En l’occurrence : il est possible qu’on craigne moins l’abandon si la personne n’est de toute façon pas là, à la base (= on est déjà en position d’abandon, donc pas de surprise).
Même idée, si la relation est très asymétrique (du genre « trop bien pour toi ») : de façon tacite, on garde alors la main, le pouvoir de décision, et on réduit la probabilité d’être délaissé malgré soi (= on est dans une position dominante, de maîtrise relative).

#bénéfices_secondaires_du_symptôme
(on parle de ça ici)

 


 

— BONUS —

(deux situations typiques du vécu borderline,
en lien avec la projection, le clivage
… et l’agressivité honteuse)

 

Projection publique :
quand le monde parle au borderline…

[sommaire]

La projection, c’est un aller-retour. Quelque chose sort de nous et nous revient, proposé par l’environnement.
= Pour le borderline, cela se produit avec intensité, avec une forte participation émotionnelle.

[RAPPEL : pour « le borderline », ou pour « la-personne-qui-fonctionne-à-un-moment-donné “en mode borderline” ».
==> Il existe la possibilité d’être temporairement en fonctionnement limite/borderline, particulièrement si on se trouve dans une période de grand changement, de « mue » existentielle]

L’environnement, donc, souvent nous renvoie à nous-mêmes.
Dans le cas borderline – où ce phénomène est particulièrement marqué – il arrive que la personne soit habitée par des situations vues, entendues, qu’elle va raconter à tout bout de champ en leur donnant une grande importance. Des situations qui, en elles-mêmes, ne la concernent pas vraiment. Ou pas plus qu’une autre.

==> une personne en fonctionnement limite va remarquer dans la vie quotidienne des scènes impliquant des tiers mais qui traduisent son état d’âme.

(= l’état de son psychisme à un moment donné)

Elle va raconter – souvent dès les premiers échanges – une scène vécue, la plupart du temps en tant que spectateur proche, et qui l’a frappée.
Une scène plutôt ordinaire, plutôt de la vie courante, mais déplaisante, avec des interactions bizarres entre les individus.

Exemples de scènes que la personne borderline rapportera :

    • dans les transports, sur la route ==> un usager a eu un comportement aberrant, présomptueux, invasif… ;
    • au magasin, en ville, dans les médias ==> quelqu’un a dit quelque chose de choquant ;
    • un souvenir de jeunesse, impliquant des camarades, la famille ==> il y a eu des préférences, des rejets, des attirances, où le borderline se retrouve dans un rôle périphérique ;
    • au travail – de préférence dans le « soin » ou le « social » ==> des personnes vivent des situations scandaleuses, qu’il faut raconter autour de soi avec beaucoup de conviction. (Et en bonus : « Celle-qui-est-censée-prendre-soin » dysfonctionne, et ne joue pas son rôle d’accueil et de soutien… Je parle de l’Institution, évidemment. Qui d’autre ?)

Etc., etc.

(Un point commun à ces situations : on peut parfois avoir l’impression – excusez la formule – que la personne en fonctionnement limite « attire les connards » ou les « situations de m… »)

Un indice pour l’interlocuteur : ces récits tombent souvent « comme un cheveu sur la soupe ». Ils arrivent sans transition, en décalage avec le sujet de la conversation, avec l’ambiance de l’échange.
Cette incongruité est justement l’indice que quelque chose émerge de l’inconscient. L’indice que le borderline est à ce moment-là en train de nous dire quelque chose d’important de lui-même.

On est en train d’assister à une projection

(comme au cinéma, oui, oui…)

– J’insiste : nous sommes tous sujets à ce phénomène (voir l’article « La vie comme un rêve »).
Sauf que pour le borderline, c’est beaucoup plus fort et envahissant.
Handicapant, même. –

Souvent, la personne borderline est scandalisée par ce qu’elle a vu, entendu, et qu’elle nous raconte.

Objectivement, la scène racontée peut être déplaisante. Là n’est pas la question.
= on peut être “d’accord avec le borderline” sur le fait que “ça craint” ; on peut l’écouter, compatir, et conclure par « Et ben… Quel con ! ».

Sauf que le borderline va bloquer dessus (au contraire d’une personne « non borderline », qui passerait à autre chose, et qui n’éprouverait pas le besoin de décrire ces vilaines images à un interlocuteur, surtout si ces images datent un peu).
Ça va le « démanger » de poser cela dans la conversation, à tout prix, y compris avec quelqu’un qu’il ne connaît pas beaucoup…

Ça a un rapport avec la capacité à symboliser, défaillante chez le borderline. C’est-à-dire la capacité à digérer le vécu – ou le « Réel » lacanien. À l’élaborer par la pensée, la création, etc.

Ces images accompagnent le borderline, l’obsèdent. Lui « brûlent les lèvres ». Débordent.

Leur évocation peut sembler déplacée, et provoquer chez l’interlocuteur une perplexité du genre « Mais pourquoi tu me racontes ça… à moi ? ».

NB : ces scènes impliquent souvent une composante d’agressivité (ou de désir…).
==>
Or les borderline sont fondamentalement dans

l’impossibilité d’assumer leur propre agressivité

Ils vont donc la projeter sur des scènes extérieures.

Ça vient de loin. De l’imaginaire silencieux de la petite enfance. De la haine obscurément éprouvée contre quelqu’un qu’on est censé aimer.

(un rejet, une violence, qu’on a aussi pu nous transmettre, plus ou moins explicitement, dans nos premières années…)


« Papa-Maman ? »

Oui.
Maman, plutôt (et/ou le petit frère, la petite sœur, qui aurait reçu un meilleur traitement que nous). (1)

Une agressivité catastrophique, honteuse et inacceptable pour la conscience.

Le problème, c’est que cette projection, cette forclusion, cette expulsion de l’agressivité n’est pas une solution efficace : ça reviendra toujours dans notre réalité, de façon détournée, tant qu’on ne s’en occupe pas.

(l’agressivité reviendra n’importe où, n’importe comment, contre n’importe qui, et notamment contre soi-même).

Soyez originaux : lisez Melanie Klein, elle a très bien écrit sur les mécanismes de l’envie. Et sur la destructivité du jeune enfant, qui reste toujours agissante quelque part en nous.
Comme dirait l’autre : « Toujours la même cause : la position d’second possesseur… »

Bref.

À la base, il y a
une grosse blessure narcissique


… l’impression sourde qu’on a été « mal traité » (dans un « passé qui ne passe pas »…).

Et par un effet de généralisation (voir « le clivage »), cette sensibilité de la personne en fonctionnement limite envers l’injustice lui donnera également une propension à se passionner, confusément, pour les “grands sujets”, les “mobilisations”, les “belles causes” (voir l’encadré suivant).

===> Elle va retrouver dans des profils de victimes innocentes quelque chose qui la touche personnellement,

quelque chose qui lui parle d’elle-même

… mais qu’elle ne peut pas formuler directement.

Ce serait impossible à supporter, à « encaisser »… (2)

Alors ? Du coup ?

Alors, du coup, elle va faire une projection

Mais ça, vous l’aviez déjà compris, et je vous en félicite !

 


 

(1) Ce rapport impossible à la mère nous donne peut-être un éclairage – parmi d’autres – pour comprendre pourquoi les personnes diagnostiquées borderline sont plus souvent des femmes.

==> une impossibilité fondamentale de s’identifier à la mère, qui est habituellement la « femme de référence ». Ou alors au prix de se faire du mal.
[NB : ça, c’est une situation de départ.
Certainement pas un destin pour la vie
]

D’où l’impression d’adolescence éternelle qui accompagne certain(e)s borderline (habillement, comportements de bravade, consommation compulsive d’alcool ou de stupéfiants, idées « rebelles », etc.).

Et d’où, peut-être, la récurrence chez les femmes borderline de certains symptômes concernant les signes de la féminité (grossesses impossibles ou non-désirées, complexes chroniques par rapport aux attributs sexuels secondaires – les seins, etc. –, crainte permanente de l’infection génitale ou urinaire…).

On est là dans le psychosomatique, c’est-à-dire que c’est à la fois réel et psychique.

Le symptôme dans toute sa puissance.

Par ailleurs, lorsque l’enfant paraît, la mère souffrant d’une blessure narcissique pourra avoir tendance à insister sur « Ma priorité, c’est mon enfant », « Je dois l’aimer inconditionnellement », « C’est important pour moi de créer ce lien mère-enfant dès le début », etc., etc.
(Parce que sinon, ce serait quoi l’autre option ?..)

==> on voit comment la symétrie inconsciente se met en branle et comment le présent tente de rejouer le passé en inversant les rôles…
(Forcément, ça risque d’être insatisfaisant –cf. la quête d’absolu – et traversé par un sentiment d’inadéquation et d’impuissance. Et c’est reparti pour un tour…)

Parallèlement à ça : le psychisme en (re)construction ayant besoin d’un point de fixation, d’un « modèle idéal », la personne développera souvent une admiration solide, durable, pour une figure féminine remarquable. Une figure inatteignable (donc impossible à abîmer par sa propre agressivité) telle que : grande femme du passé, artiste disparue, maîtresse de « développement personnel » en ligne…

===> clivage elle était parfaite », « tout ce qu’elle dit, c’est génial », etc.)
et projection (toutes les qualités positives non assumées allant se fixer sur ce modèle lointain).

Cet attachement pour une figure du même sexe pourra aussi se traduire littéralement par des expériences homosexuelles – typiquement avec une personne « initiatrice ». Des expériences qui interviennent parfois assez « tard » dans la vie, à l’âge de la maturité, avec un sentiment de « révélation » plus ou moins durable.
S’y rejoue évidemment le lien avec le parent de même sexe, ainsi qu’une découverte en miroir d’un corps semblable « entier »on va l
‘aimer, en prendre soin, en projection de soi-même (c’est le bon vieux narcissisme, qui n’a rien de pathologique en lui-même ; il comporte une tendance à la réparation, qui peut être bienvenue).

Et cela offre en prime l’occasion de s’attribuer une nouvelle étiquette, qui viendra un temps soutenir la quête d’identité.

NB : L’attraction homosexuelle – universelle mais plus ou moins marquée selon les individus – est très souvent réactivée dans les périodes de changement ou de “reconstruction”. Cela concerne tout le monde, pas que les borderline (oui, oui).
Plus généralement – et quelle que soit l’orientation – le choix du partenaire sexuel dans les périodes “critiques” révèle assez explicitement quels sont nos besoins du moment.

… La projection, encore et toujours.

*

(2) D’une façon semblable, une personne borderline pourra être attirée par des techniques qui se concentrent sur la forme de la « communication » (et non sur le fond) : un moyen comme un autre de garder ses émotions à distance.

Trop explosif.

 


Borderline et idéologie

[sommaire]

Une petite remarque sur le lien entre « projection » et « opinion », sur les effets sociaux des mécanismes de généralisation et de projection.

==> Les personnes souffrant d’un trouble de la personnalité limite sont des victimes de choix pour toutes sortes d’idéologies.

(Et, a fortiori, pour les mouvements sectaires…)

En effet, elles éprouvent des difficultés à soutenir une réflexion, dès lors qu’il y a un enjeu affectif pour elles.

Et on aura compris qu’il y a très vite, très souvent, un enjeu affectif pour elles ==> le moindre élément de la réalité qui a un petit point commun avec leur propre blessure va faire vibrer « directement au fond de l’âme » : la peur de l’abandon, le ressenti d’injustice, la terreur d’être agressif, etc.

Et là, selon le contexte (intime ou pas ? seule, à deux, en groupe ? etc.), ça peut rapidement prendre des proportions de « crise ».
D’où l’utilité de pouvoir se raccrocher aux branches, avec une sorte de « support de secours », de « déambulateur mental » qu’on place devant soi pour ne pas tomber.

= « J’ai peur de ce que je peux faire, dire… J’ai peur de ce qui peut sortir de moi… ==> je sors un discours tout prêt. Je me cache dans l’idéologie. »

Les personnes qui se trouvent en état limite forment ainsi des proies idéales pour les systèmes de pensée simplificateurs, globalisants, qu’elles reçoivent parfois comme des soulagements et s’approprient avec grande conviction.

==> tout ce qui finit par « -ISME», c’est du miel.
L’état limite, c’est la mouche.

Et ce indépendamment de l’orientation de ces pensées : de gauche, de droite, progressistes, réactionnaires, originales, éculées… L’essentiel étant que le monde soit divisé entre les gentils et les méchants.

Ça, les borderlines ils aiment bien. Ça les repose. Ou plutôt : ça leur permet de se reposer sur quelque chose.

… Et ça leur permet d’exprimer, par des détours, leur agressivité.
En dépassant leur sentiment de honte
, puisque « l’Ennemi est le Mal ». Total. Absolu.

[cf… le clivage !]

Qu’il soit flic, bobo, machiste, féministe, chasseur, vegan… l’Autre prendra sur lui toute la négativité et méritera qu’on l’attaque.

Il deviendra notre Ombre.

==> Vous voyez les lynchages en règle qui ont lieu sur les réseaux sociaux de tous bords ?
… Ben c’est ça qui se joue, une projection, et un clivage, renforcés par la pensée de masse.

(en restant côté “politique”, exemples lus et entendus : « Le Diable est à la Maison Blanche ». « Ce président est un nazi ». « C’est la dictature en France ». « Celles qui votent pour lui iront en enfer ». Etc.)

Phénomène mis en lumière par Freud dans Psychologie des foules et analyse du moi.
Et par Jung bien sûr, notamment dans son essai clairvoyant sur l’archétype de Wotan (Odin).

==> la projection négative effectuée par les uns (avec une fascination morbide pour celui ou celle qu’on aime détester)…
… c’est
la sœur jumelle de l’identification (= projection du « bon ») que vivent les autres.
Elles participent fondamentalement de la même logique.

Face à ça, il ne s’agit pas simplement d’être « du bon côté ».
==> il s’agira surtout de ne pas contribuer à la projection collective, qui en dernier lieu… vient renforcer le charisme de la figure sur laquelle on projette.

= « Tu n’aimes pas le Président du moment ?
Alors arrête de parler de lui ! ».
(Berlusconi, par exemple, avait surfé sur ça, sur le fait qu’on parlait de lui tout le temps, en bien ou en mal.
Je vous laisse compléter la liste)

« L’ennemi est con : il croit que c’est nous l’ennemi.
Alors que c’est lui. »

(Coluche)

Amen.

Dans l’idéologie, les choses sont claires et définitives. Ça attire beaucoup les personnes en fonctionnement limite, qui ont du mal à accepter un indécidable, c’est-à-dire à fonctionner avec un élément de doute (ce que René Descartes mettait me semble-t-il au fondement de sa méthode : savoir douter pour avancer).

==> Le fait est que pour elles le doute est présent, mais en profondeur, en permanence, et vis-à-vis de soi-même. Elles ne peuvent dès lors pas en plus l’accepter dans le monde extérieur.
Pleines d’incertitudes, ne pouvant supporter une ouverture trop profonde, si la relation, quelle qu’elle soit, commence à gagner en vigueur, elles vont en urgence se raccrocher à des discours tout prêts et impersonnels.

Voici quelque chose de tout à fait remarquable, que vous constaterez peut-être : c’est justement quand la relation, l’échange, commence à devenir intime (au sens large), que le borderline va « partir dans des discours généraux » sur – au choix – les gens, les Français, les hommes/les femmes, les politiques, les animaux, etc.

Et on est bien d’accord pour dire qu’aujourd’hui plus que jamais, il y a tout ce qu’il faut pour offrir aux borderlines des dérivatifs, des « drogues imaginaires »…
Si dans un premier temps cela peut leur permettre de s’inscrire dans un groupe (de pensée) et d’affirmer leur identité, à plus long terme, cela peut devenir un poison qui éloigne le borderline de sa sensibilité propre, et ne résout en rien son problème fondamental de honte de soi

 

 

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